Qui était Papou ?

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PAPOU, alias Babou, était MON cheval personnel. Je l'avais racheté pour le sauver de la boucherie, à 6 ans. Papou n'aimait que les femmes. Castré à vif, il en avait gardé, à vie, une grande méfiance vis-o-vis de l'élément masculin... Tout homme voulant le monter se faisait planter en terre comme un navet !

Il s'illustra toute sa vie... C'était un maître-cheval, un roi.

Par exemple, les clôtures... Il écoutait la batterie tous les matins : clic-clic-clic, il repartait d'un air dégoûté ! Plus de clic, olé ! Il embarquait les clôtures, se vautrant dans les blés du voisin, et m'a ainsi fait passer de sacrés moments à courir derrière lui pour le faire rentrer ! Ce diable de Papou, par exemple, me faisait du cache-cache dans les rangs de maïs...

J'étais la seule à pouvoir le soigner physiquement : question de confiance...

Je le mis un temps en pension : je n'avais pas de maison à l'époque. Le propriétaire le faisait monter de temps en temps. Notre Papou, alors, sortait du box en traînant les pieds, la tête basse entre les jambes, pour faaire croire qu'il était vieux et inutilisable !

Je passais le voir tous les soirs après le boulot. Il connaissait le bruit de ma voiture. S'il avait une cavalière sur le dos, il la "prévenait" gentiment plusieurs fois, puis, paf ! Il pétait les barres de fermeture et la cavalière se retrouvait plantée devant ma voiture ! Papou, dès qu'il mle savait proche, c'était : " Attention, ma Môman est là, alors, hein ? Que vous le vouliez ou non, hop ! On court voir Môman " !!

Il fut, même, champion d'attelage, deuxième en national ! Et cela avec seulement deux séances d'entraînement ! Un véritable don ! Et quelle allure ! Papou avait 4 trots : un mou et inconfortable pour la dissuasion... Un normal... Un "hackney", les genoux montant très haut, super élégance... et un trot très accéléré, qui le mettait à la même vitesse que les autres au galop !!

Notez, 650 kilos au galop, avec ses pieds format cocotte-minute, c'était un panzer-division !

Un jour, quelques-uns m'abreuvèrent de quolibets, disant que ce pouf ne sauterait jamais d'obstacle... Piquée, je décidai d'essayer. Je trimballai deux cageots plastique, puis allai chercher du tuyau PVC (de peur qu'il se fasse mal sur une barre). Je reviens, plus de cageots : Maître Papou ne supportait pas d'objets incongrus sur son territoire : il les avait virés... (c'est ainsi, d'ailleurs, qu'il vida et éparpilla entièrement une boîte à outils étrangère...).

Bref ! Je ré-installe mon matériel, barre bien basse et hop ! au travail... Six fois, il sauta, mais oreilles couchées et tête qui disait non... La septième, arrêt à la Jolly Jumper et là ! Monsieur Babou, avec ses gros sabots... écrasa le tuyau !! Il va sans dire que je ne lui demandai jamais plus de "sauter" !!...PAPOU.jpg (25721 octets)

Babou fut 20 ans le roi incontesté de tous les chevaux passés ici. Il n'eut jamais à s'énerver, comme certains qui poursuivent et mordent. Non ! Papou n'avait qu'à paraître, et tous faisaient allégeance, tacitement.

Mon prince est mort, il y a deux ans. Une torsion. Je l'ai raconté dans le journal...

Quand il a "su" que la mort allait le prendre, sous une pluie glacée et diluvienne, il est sorti, tous ses membres tremblaient et son équilibre était précaire. Il est sorti pour venir me chercher. Ses yeux étaient abominablement angoissés, il traînait derrière lui les tuyaux et les sondes. Il m'a vue, enfin, juste devant lui, il m'a planté ses yeux et s'est, à la seconde, abattu à mes pieds. Babou était mort, Babou n'était plus là...

Je ne l'ai pas encore compris...

Il est une absence.

Immédiatement, je me suis jetée sur ma plume et j'ai écrit " Le plus beau cheval du monde est mort ", un texte à sa gloire et à ma souffrance...

 

 

 

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